Hommage à Robespierre

Les historiens l’auront sans douté noté, aujourd’hui 28 juillet (ou 10-Thermidor) est l’anniversaire de l’exécution de Maximilien Robespierre. 218 ans après ce funeste jour qui marqua la mort de la Révolution, Maximilien Robespierre reste un méconnu du grand public, qui associe généralement le Révolutionnaire à la Terreur et à la guillotine. Grâce à l’excellent travail de Cécile Obligi, auteur du livre « Robespierre, la probité révoltante », sorti chez Belin, nous allons tenter de rectifier la propagande dont ce grand homme a été victime. Morceaux choisis…

En effet, « la légende noire de Robespierre ne s’explique pas seulement par son indéniable participation aux heures peu glorieuses de la Terreur. Des individus ou des groupes, dont le passé et les intentions ne sont par irréprochables, se sont attachés dès sa mort à présenter Robespierre comme un monstre. Le plus incroyable est sans doute le rapport de Barère, dès le 10 thermidor, le même Barère qui a été pendant des mois le porte-parole du Comité de salut public à la Convention, et qui l’a convaincue de voter des mesures dites terroristes. Il n’a pas honte de présenter l’élimination du tyran Robespierre comme le coup d’arrêt d’une funeste Terreur (« un seul homme a manqué de déchirer la patrie« ) et lance par la même occasion – il n’en est pas à une perfidie près – une rumeur qui se propage rapidement dans Paris : celle du Robespierre qui a tenté de devenir roi, à la suite des Bourbons. »

« L’iconographie n’est pas en reste : […] gravures représentant Robespierre buvant du sang, Robespierre à côté de monceaux de crânes, et surtout Robespierre guillotinant à tour de bras. »

Caricature de Robespierre
(gravure, Paris, musée Carnavalet)

Pourtant, « Robespierre est un homme politique intègre (on aura peine à utiliser un tel qualificatif pour ses ennemis) qui a défendu une vision de la République. […] Mais la propagande anti-robespierriste a été bien faite, si bien faite, qu’encore aujourd’hui, le personnage est vu à travers le prisme de cette légende, y compris par ceux qui, pourtant, partagent nombre de ses idées sans le savoir. »

Il est intéressant de noter que « les instruments de la Terreur ne disparaissent pas au lendemain de la mort de Robespierre. […] Davantage que l’arrêt d’un système, c’est le triomphe d’une faction sur une autre. Les gagnants du 9-Thermidor, d’abord les authentiques Montagnards puis ceux que l’on appellera plus tard les thermidoriens (et qui élimineront d’ailleurs physiquement ces derniers dans les mois qui suivent le 9-Thermidor) se sont entendus pour nommer un bouc émissaire, un homme leur permettant de s’exempter de la responsabilité des heures noires de la Terreur. Pour cela, la propagande démarre dès le 10-Thermidor. C’est une belle réussite puisqu’encore aujourd’hui la supercherie passe pour la vérité historique. Vae victis. Malheur aux vaincus. »

Robespierre et les juifs

« Le 23 décembre 1789 […], la discussion en vient à porter sur le droit pour les juifs à être des citoyens comme les autres. Pour Robespierre, la question ne se pose même pas, explique-t-il d’emblée dans [son discours] à l’Assemblée, puisque quiconque n’est pas exclu est « appelé à être citoyen, et il n’y a aucune raison d’exclure les juifs. Malgré tout, il se donne la peine de fournir de plus amples explications sur ce sujet : non seulement les juifs doivent être considérés comme des citoyens comme les autres, mais de plus, la France a une dette envers eux. »

Robespierre et l’esclavage

Discours du 31 mai 1791 :

« Votre plus grand intérêt est de rendre un décret qui n’attaque pas d’une manière trop révoltante et les principes et l’honneur de l’Assemblée. Dès le moment où dans un de vos décrets vous aurez prononcé le mot esclave, vous aurez prononcé et votre propre déshonneur et… [il est interrompu par son auditoire, pour une part favorable, pour l’autre défavorable]. Je me plains, au nom de l’Assemblée elle-même, de ce que, non content d’obtenir d’elle ce qu’on désire, on veut l’obtenir d’une manière déshonorante pour elle, et qui démentirait tous ses principes. Si je pouvais soupçonner que parmi ceux qui ont combattu les droits des hommes de couleur, il y eût un homme qui détestât la liberté et la constitution, je croirais que, pour servir sa haine, il a voulu vous faire lever le voile sacré et terrible que la pudeur même du législateur… [interruption] ; je croirais qu’on cherche à se ménager les moyens d’attaquer toujours avec succès et vos décrets et vos principes ; quand il s’agira de l’intérêt direct de la métropole, on vous dirait : Vous nous alléguez sans cesse les droits de l’homme, et vous y avez si peu cru vous-même que vous avez décrété constitutionnellement l’esclavage […].

L’intérêt suprême de la nation et des colonies est que vous demeuriez libres et que vous ne renversiez pas de vos propres mains les bases de la liberté. Périssent les colonies, s’il doit vous en coûter votre bonheur, votre gloire, votre liberté ! Je le répète, périssent les colonies, si les colons veulent, par les menaces, nous forcer à décréter ce qui convient le plus à leurs intérêts ! Je déclare, au nom de l’Assemblée…, au nom de ceux des membres de cette Assemblée qui ne veulent pas renverser la constitution ; je déclare au nom de la nation entière qui veut être libre, que nous ne sacrifierons pas aux députés des colonies qui n’ont pas défendu leurs commettants, […] je déclare, dis-je, que nous ne leur sacrifierons ni la nation, ni les colonies, ni l’humanité entière, je conclus et je dis que tout autre parti, quel qu’il soit, est préférable. […] je demande que l’Assemblée déclare que les hommes libres de couleur ont le droit de jouir des droits des citoyens actifs. »

Robespierre contre le droit d’ingérence et la guerre humanitaire

« La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique est de croire qu’il suffise à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n’aime les missionnaires armés, et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c’est de les repousser comme des ennemis. »

Robespierre et l’athéisme

Discours du 21 novembre 1793

« Non, ce n’est point le fanatisme qui doit être aujourd’hui le principal objet de nos inquiétudes. Cinq ans d’une révolution qui a frappé sur les prêtres déposent de son impuissance […]. On a dénoncé des prêtres pour avoir dit la messe : ils la diront plus longtemps, si on les empêche de la dire. Celui qui veut les empêcher est plus fanatique que celui qui dit la messe.

Il est des hommes qui veulent aller plus loin ; qui sous le prétexte de détruire la superstition, veulent faire une sorte de religion de l’athéisme lui-même. […] L’athéisme est aristocratique ; l’idée d’un grand être, qui veille sur l’innocence opprimée, et qui punit le crime triomphant, est toute populaire. […] Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer. »

Ce texte condamne vigoureusement à la fois les athées et les fanatiques, les renvoyant dos à dos. L’attaque porte d’abord contre les athées, dont on sent bien que Robespierre les considère parfois comme plus dangereux que les fanatiques eux-mêmes :

« Ils ont érigé l’immoralité, non seulement en système, mais en religion ; ils ont cherché à éteindre tous les sentiments généreux de la nature par leurs exemples, autant que par leurs préceptes. »

Robespierre version Dub

Enfin, voici plusieurs extraits de son fameux discours d’Avril 1791, qu’il ne pût lire à l’Assemblée, et qu’il fit donc imprimer. Le Mouvement Abstentionniste et Progressiste l’a mis en musique :

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