Averroès: le Destin ou comment un des plus grand penseurs musulman a combattu les « islamistes »

Le Destin est d’abord un film contre le fanatisme d’aujourd’hui. Ce n’est pas un film historique.C’est pourtant un film avec palais, auberges ruelles, costumes médiévaux. En effet,, quatre ans après que son film L’Emigré ait été interdit par la censure islamiste,Youssef Chahine, cinéaste égyptien de 71 ans, né à Alexandrie d’un père d’origine syrienne et d’une mère d’origine grecque, marié à une Française, francophone, a voulu faire un film divertissant sur un sujet grave. Le héros du Destin, In Rush dit Averroès, philosophe arabe né à Cordoue en 1126, mort en exil à Marrakech en 1198, premier médecin de la Cour en 1182, exégète du Coran, commentateur d’Aristote, est un juste, victime du fanatisme religieux. Le lieu, c’est Cordoue, rayonnante alors des travaux de nombreux savants qui traduisent les oeuvres de l’Antiquité, riche de l’activité des Musulmans, des Juifs, des Chrétiens, des Gitans qui vivent joyeusement ensemble sous l’autorité des califes Almohades.

L’affiche du film montre des livres qu’on brûle. Elle indique le fil conducteur de l’histoire.Le film s’ouvre sur un bûcher, en France, où se consument un homme et les livres d’Averroès qu’il a traduits, et se ferme sur un autodafé des livres d ‘Averroès, à Cordoue; celui-ci est inutile car des exemplaires ont été sauvés par le fils du calife qui les a déposés en Egypte après une périlleuse chevauchée. « La pensée a des ailes. Nul ne peut arrêter son envol » peut on alors lire sur l’écran. Des livres détruits aux livres sauvés, que de péripéties entre ces deux scènes !

La plus grande partie de l’histoire se déroule à Cordoue autour de trois personnages. D’abord Averroès, un sage, érudit, chaleureux, généreux, bon vivant; puis le calife E1 Mansour, sorte de despote éclairé, orgueilleux, chagriné par ses deux fils, d’une très grande beauté, dont l’un ne pense qu’à la philosophie, l’autre à la danse et à l’arnour d’une gitane; enfin le cheikh Riad chef d’une secte de fanatiques qui veut ligoter la société andalouse par une application rigoriste du Coran. Le film est construit sur 1′ affrontement entre les obscurantistes qui veulent s’emparer du pouvoir par tous les moyens, et les stratagèmes des amis d’Averroès pour sauver ses livres et leur conception de la vie fondée sur la connaissance, la tolérance, le partage et l’amour. Chahine est engagé auprès de son héros dans un combat contre tous les intégrismes. L’idée du film est d’ailleurs enracinée dans la réalité de l’Egypte actuelle. L’acteur Hani Salama, interprète du fils cadet du calife a été fanatisé par une secte. « En trois séances il était devenu un zombie. Je me suis plongée dans les études sur le fonctionnement des sectes, sur le lavage de cerveau. Et avec l’aide d’amis, j’ai entrepris de le sortir de cet état. Le scénario du Destin est né de cette expérience. Mon film attaque les puissants qui veulent contrôler la pensée, ce qui est le cas dans mon pays » .

Il faut donc bien expliquer aux élèves le projet du cinéaste pourqu’ils n’imaginent pas que la Cordoue hollywoodienne de Chahine est celle du douzième siècle. Travailler sur le texte du film est possible; il est disponible dans la collection Petite Bibliothèque des Cahiers du cinéma . Il faut d’autre part préparer les élèves aux mélanges des genres qui peut les dérouter …et les séduire. Le film est à la fois un western( sauvetage du fils du calife ), un film inspiré par Alexandre Dumas ( chevauchée du fils aîné pour sauver les livres ), une comédie musicale, un péplum, une comédie de Shakespeare avec les va et vient entre palais et cabaret. Chahine a réussit son pari, distraire et éduquer. « S’il y a un message dans le Destin, c’est celui-là: il faut se lancer dans la bataille.Averroès incarne ce que je prône depuis toujours: I’ouverture vers l’autre » Youssef Chahine, interview à Télérama, 15 octobre 1997.

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