Choc des civilisations et usure financière deuxième partie

 

Pourquoi dans une période de délabrement économique fait on l’objet de tensions entre pays ?

N’est-il pas plus judicieux de joindre nos efforts pour résoudre les problèmes des uns et des autres ?

Aujourd’hui, le monde des dirigeants est fortement influencé par la doctrine dite de choc des civilisations qui est venue se substituer à la doctrine de guerre froide. Inspirée par le défunt Samuel Huntington, la doctrine du choc des civilisations divise le monde en zone géographique et culturelles(sino russe, inde, monde musulman,amériques,europe) qui pour lui, sont et seront amenée à entrer en conflit pour assurer leur survie. Cette doctrine à été sous George Bush, George Bush fils, et maintenant sous Obama, la ligne directrice qui détermine la politique extérieure des USA et donc de l’Occident. A quels intérêts une politique qui vise à diviser pour mieux régner profite le plus. 

Au travers de l’histoire nous essayerons de comprendre à quelles fins une telle politique peut-elle servir, et quels sont les risques qu’elle fait peser sur la société.

A la lumière de cette stratégie de tension entre occident et orient,nous allons donc tenter d’expliquer, dans ce dossier sur l’histoire du moyen age, comment les guerres, l’inquisition, et les famines ont engendrées la première puissance financière de l’histoire: Venise.

I ) La conquête de l’hégémonie

1) L’expansion Maritime

Dès le 6ème siècle après Jésus Christ, Venise était un endroit privilégié pour les échanges commerciaux avec Byzance et l’Orient, en particulier avec  Alexandrie. En effet, la sécurité qu’apportait sa lagune face à des troupes à cheval qui ne pouvaient combattre que sur la terre ferme, créait une bonne protection contre le pillage organisé par les hordes de barbares.

Très vite, Venise vit dans son expansion maritime un moyen de s’assurer prospérité et pouvoir. D’une part, elle développe des ports, et une marine puissante. Sous son influence immédiate, la mer Adriatique devient peu à peu le golfe vénitien. D’autre part, des colonies, et des ports de commerce sont établis sur les côtes de Dalmatie et d’Italie.

Vers 800 Venise fait face aux normands en Sicile, mais réussit à les vaincre. Dans le même temps, Byzance exempte Venise de taxes douanières dans la méditerranée orientale.

Puis, vers 1100, avec les croisades, d’autres villes, principalement Gènes et Pise, viennent perturber son hégémonie mais grâce à des arrangements  avec le Roi Baudouin II de Jérusalem, des ports de commerce vénitien voient le jour en terre sainte à Haiffa, Ascalon, et Acres. Encore une fois, Venise réussit à récupérer et accroitre son monopole du commerce.

Un siècle plus tard, Lorsque Byzance change totalement de politique en faisant arrêter les vénitiens, ces derniers saisissent l’opportunité offerte par la 4eme croisade pour envahir Byzance et y établir une colonie.  Cette ouverture sur la mer noire lui ouvre aussi les portes de la route de la soie avec le royaume grec de Trébizonde, mais aussi vers la Russie par le  royaume de Crimée. Ainsi, après le saccage de Constantinople, Chypre, la Crète, les iles ioniennes, les Cyclades, Naxos, le détroit des Dardanelles deviennent des possessions Vénitiennes permanentes.

peinture de la 4ème croisade située dans la salle du grand conseil dans le palais des doges. on y voit les croisés envahir constantinople en débarquant des gallères vénitiennes et portant le drapeau de venise( un lion ailé).

Bien qu’elle utilisa la 4ème croisade pour son compte, seul la Vème croisade fût purement une expédition organisé par et pour le compte de Venise. Elle permit de prendre le contrôle de la ville de Zara en Egypte, un point important du commerce des épices, du poivre en particulier. Il est important de noter que cette croisade fait suite à des menaces du Sultan fatimide d’augmenter les taxes.

Pour Venise, les croisades ne sont qu’un moyen pour envoyer des soldats défendre ses intérêts. Car par exemple,lorsque les Mamelouks vinrent contester la sérénissime sur les mers, les Vénitiens n’eurent aucun scrupule à faire marcher leur relations auprès des Mongols de Tamerlan, pour que ceux-ci attaque l’empire turc, de la même manière que les croisé le firent en Égypte.

2) Monopole, Empire commercial, et colonial.

Tandis que Venise use beaucoup de ses moyens pour maintenir ses transactions commerciales ininterrompues, elle, en contrepartie, s’assure d’une centralisation totale du commerce.

En Italie, tout le commerce fluvial devait transiter par le port de Venise. L’exportation maritime était exclusivement réservée aux vénitiens, les villes sous domination vénitienne avaient pour obligation d’envoyer leurs marchandises dans la lagune de Venise quel que soit la destination finale. Que ça soit d’Acre vers Byzance, le bateau devait passer par Venise. Aussi, le grand commerce ne se faisait que de vénitien à vénitien les étrangers musulmans, germains, ou même italien,  devait passer nécessairement par des intermédiaires Vénitiens.

La flotte vénitienne assurait la protection des marchandises dans toute la méditerranée. Des groupes de galères de guerre sillonnaient les eaux et escortait les convois importants. Au sommet de son hégémonie, le Dominium di mare investissait 10 millions de ducats dans le commerce. Il obtenait 4 Millions de profits directs, et il possédait 3000 navires, 300 naves et 45 galères.

Comme le dit bien Élisabeth Crouzet-Pavan dans son livre Venise triomphante:

« Les vénitiens se sont rendu les maîtres de l’or des Chrétiens parce que l’Europe toute entière, directement ou indirectement, est ravitaillée par Rialto. C’est par la mer, une fois que Venise a retenu les taxes douanières et de quoi garantir ses entrepôts, que les places lointaines au nord (Londres, Southampton, Bruges), au sud (Languedoc, Espagne, Afrique du nord) reçoivent les produits du commerce au loin. Mais des relations privilégié lient aussi les lagunes à un certain nombre de villes dont les marchants par l’intermédiaire de leur commis et représentants opèrent à Rialto. Florence, Milan, Augsbourg, Vienne, Ratisbonne, etc… Les vénitiens sont devenus supérieur à tous et les principes d’une rigide centralisation commerciale ont transformé Rialto en un entrepôt nécessaire à toute l’Europe. »

D) Un système  républicain ??

 1) Privilèges héréditaire et appartenance à une véritable caste.

Venise se targuait d’être une République, mais la complexité des lois et la fermeture des organes de décisions, en faisait plus tôt une Oligarchie. Grâce à la loi de la Serrata del consiglio seulement une poignée de 200 familles avait accès au Sénat, au poste de Doge, à la magistrature, et au conseil des Dix. Lesquels avaient un contrôle sur le commerce, les douanes, la marine etc. Ainsi, le commerce méditerranéen était sous la coupe des familles vénitiennes telles que les Zeno, les Corner, les Dandollo, les Bernardo, les Cavalli, les Grimani, les Polo, les Zorzi, etc. qui se réunissaient tous au sein du Grand conseil (consiglio grande) et choisissaient un Doge et ainsi, la réalité de leur pouvoir n’apparaissait pas au grand jour : la cité semblait être une monarchie et non une aristocratie de marchands. Le privilège est évident, celui qui appartenait à un patriciat des plus fermés  dirigeait le système.

 2) En politique comme en économie.

Bien que la liberté du commerce semble être le maitre mot des commerçants vénitiens, à Venise, l’économie et la politique ne font qu’un. L’état fait construire les galères, le sénat établit les routes commerciales, vote les budgets pour la marine de guerre, oriente les choix commerciaux. De plus, Une forte intervention étatique permet à Venise de maintenir ses monopoles commerciaux  bien au-dessus des autres concurrents.

En outre, le délit d’initiés n’est pas juste permanent, il est inhérent au système : les commerçants sont aussi des agents de renseignements qui informent de ce qui se passe dans le monde entier et les archives publiques de la République gardent des tonnes d’informations sur tous les dirigeants. « Lettre courriers rapports, dépêches, relations comptes rendu écrits et oraux des bailos, consuls, podestat, ambassadeurs, recteurs » viennent confirmer ou infirmer les nouvelles qui sont rapporté par les marchands. Ainsi, sur la place du Rialto pour faire fortune on peut avoir les bons amis et les bonnes informations, on peut aussi créer des rumeurs.

Jean Favier dans son livre de l’or et des épices résume bien le phénomène :

« Pour le banquier qui garde pour lui son information sur les tendances du marché d’Alexandrie ou sur la solvabilité du duc de bourgogne, le groupe est aussi contraignant qu’il lui est nécessaire […]. Le groupe se révèle par son rôle social : élever une double barrière. Il s’agit de limiter aux seuls membres d’un groupe bien défini le bénéfice des privilèges acquis en commun, mais aussi de limiter la multiplication des ayants droit à ces privilèges. Ce malthusianisme socioprofessionnel conduit à des fermetures, des blocages. »

Il y a d’autres exemples, qui montrent l’amalgame total entre économie et gouvernement. Ainsi, on peut évoquer le cas de Marco Corner qui, en mariant sa fille au roi de Chypre Jacques III de Lusignan, crée un monopole sur les approvisionnements de coton, de sucre, puis devient Doge dix ans plus tard.

Avec ce système, « le discours lagunaire nie significativement toute possibilité de déclin. Venise est-il répété, quel que soit les coups qui lui sont porté, fait face et, à la fin triomphe […].La ville s’exclut du temps et s’immobilise dans la splendeur »… en plein Moyen Age. D’où  son surnom de « République »  Sérénissime.

Au moyen age, Venise règne donc sur tout les échanges commerciaux , concentre richesses et pouvoir entre les mains d’une poignée de personnes. Cette Richesse et cette opulence se fait au détriment des investissements des états, des relations entres civilisations et ,comme nous allons le voir plus généralement, de l’économie réelle.

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