Choc des civilisations et usure financière

Pourquoi, dans une période de délabrement économique, fait-on l’objet de tensions entre pays ?

Ne serait-il pas plus judicieux de joindre nos efforts pour résoudre les problèmes des uns et des autres ?

Aujourd’hui, le monde des dirigeants est fortement influencé par la doctrine dite du « Choc des Civilisations » qui est venue se substituer à la doctrine de la « Guerre Froide ». Inspirée par le défunt Samuel Huntington, la doctrine du choc des civilisations divise le monde en zone géographique et culturelles (Sino-Russe, Inde, monde musulman, Amériques, Europe) qui, d’après lui, sont et seront amenées à entrer en conflit pour assurer leur survie. Cette doctrine à été sous George Bush, George Bush fils, et maintenant sous Obama, la ligne directrice qui détermine la politique extérieure des USA, et donc de l’Occident.

Au travers de l’Histoire nous essayerons de comprendre à quelles fins une telle politique peut-elle servir, et quels sont les risques qu’elle fait peser sur la société.

A la lumière de cette stratégie de tension entre occident et orient, nous allons donc tenter d’expliquer, dans ce dossier sur l’histoire du Moyen Âge, comment les guerres, l’inquisition, et les famines ont permis l’avènement de la première puissance financière de l’histoire : Venise.

Première partie :

VENISE PENDANT LE MOYEN ÂGE
Un réseau international et cosmopolite.

« Elle n’a pas respecté l’intelligence ni le goût. C’est sa plus grande faute, la cause initiale de sa bassesse inhumaine. Elle a péri de cette bassesse et cette inhumanité. Et elle nous hérisse encore, toute détruite. C’est que pour toujours, les choses y ont leur destin contraire. La mer y est prisonnière, la lumière menteuse, la lune mercenaire; les oiseaux y marchent sur la terre, les chevaux sur les murs, les hommes sur les eaux; et les dieux nulle part. Les palais y sont construit la tête en bas. Elle demeure pour des siècles le contraire de la logique. Et le seul peuple qui fût capable de bombarder le Parthénon, elle l’a nourri. Elle est l’ennemi de l’esprit….. [Venise] »

Extrait de « Bassesse de Venise » de Lucien Fabre.

Neptune offrant des cadeaux à Venise

Neptune offrant des cadeaux à Venise

Située dans une lagune au nord-est de l’Italie, Venise est une ville qui fut construite sur les eaux suite aux invasions barbares. Extension de l’empire Byzantin à ses débuts, elle fut la principale porte ouverte d’Europe vers le monde Arabo-islamique et l’Asie, de la chute de l’empire romain jusqu’au règne de Louis XIV.

Épices utilisée pour les repas des aristocrates

Épices utilisée pour les repas des aristocrates

Mais alors que la Chine inventait le papier, que les musulmans, construisaient les plus belles mosquées du monde, étudiaient l’astronomie, la médecine, traduisaient les principaux auteurs grecs et indiens, seules les épices et la soie traversaient la méditerranée à bord de galères vénitiennes. Pour comprendre le désastre financier actuel, nous nous pencherons sur le fonctionnement du système vénitien durant le moyen âge, et nous verrons en quelle mesure les relations houleuses entre Occident et Orient à cette période ont été bénéfiques à l’ascension de Venise.

Etole de soie produite à Bagdad

Etole de soie produite à Bagdad

La société féodale connait essentiellement deux produits de luxe : Les épices et la soie. Les festins organisés par les aristocrates moyenâgeux foisonnent de senteurs exotiques telles que le safran, le poivre, le piment. Tandis que pour se vêtir, les rois de France, d’Espagne, saint empereur germanique,et duc de bourgogne arborent des vêtements de soie.

Production de la soie en Chine

Production de la soie en Chine

Ces produits n’étaient pas créés sur place. En effet, les épices et la soie étaient acheminées d’Asie jusque dans le monde musulman où elles rencontraient les marchands européens à Alexandrie et à Trébizonde (au nord de la Turquie) qui à leur tour transportaient les précieuses marchandises vers les ports de Venise, Gènes, et Pise. Enfin, c’est sur les places commerciales de Paris, Londres, Burges, et Bordeaux que de riches acquéreurs achetait ces  luxueuses marchandises exotiques auprès de marchands Lombards ou Florentins.

Récolte du poivre en Égypte

Récolte du poivre en Égypte

Ces marchandises obtenues à faible prix, puis revendues très chères permirent un enrichissement rapide des familles italiennes qui organisaient le commerce. Pour ce faire, Les Médicis, les Peruzzi, les Bardis, les Acciaoli, et autres avaient des succursales dans toute l’Europe :

– Les Florentins et Siennois se trouvent côte à côte sur les places d’Europe occidentale et rivalisent sur les Foires de Champagne, à Bruges, ou à Londres.

– Les grandes fortunes parisiennes des années 1300 sont celles de Gandoufle D’arcelles (Aguinolfo degli Arceli) et Biche et Mouche :

Extrait des rois maudits qui montre la relation de confiance entre les banquiers lombards et le roi de France

« Biche et Mouche comptent parmi les conseillés les plus écouté de Philippe le Bel et en profitent sans vergogne. Ils se réservent les meilleures spéculations. Ils accaparent le monnayage  Royal  ils prennent la ferme fiscalité des Foires de Champagne. La priorité d’information que confère la familiarité du roi leur offre bien des opportunités dans le commerce de la banque. Leur neveu Tote, surnommé le vice-roi de Marigny transforme les relations diplomatiques avec le pape et les villes flamandes en un sordide maquignonnage à l’échelle européenne. » explique Jean Favier dans son livre « de l’or et des épices ».

Les foires de Champagne

Les foires de Champagne : on y vendait soie, épices et autres marchandises de luxe

Bernardus Teotonicus fait des allées et retours entre le pont du Rialto et la cour de  Frédéric Barberousse, les Riccardi avec celle de Edouard 1er, des Frescobaldi à Bordeaux,  de Gualterotti en Flandre,  de Dino Rapondi avec le Duc de Bourgogne, Philippe le hardi, et les Acciaoli à Rome. Ainsi,  les hommes d’affaires Lombards et Florentins arrivent à entrer en bonnes grâces dans presque toutes les cours d’Europe à l’exception des pays nordiques et de l’Andalousie.

Par conséquent, les monarques se rendirent dépendant  de la richesse financière de familles italiennes qui étaient elles- mêmes inféodés au commerce des épices et de la soie, venant se déverser principalement sur le port vénitien du Rialto.

Nous verrons en deuxième partie en quelle mesure les vénitiens ont put maintenir leurs monopoles sur le commerce de la soie, des épices et de l’or grâce aux relations privilégiées qu’ils entretenaient avec les pays musulmans.

Sources:

« De l’or et des épices » de  Jean Favier

« Venise triomphante » de Elisabeth Crouzet-Pravan

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