Attentat de Bourgas : Le grand bluff israélien contre l’Iran et le Hezbollah

Notre premier article sur l’attentat de Bourgas, qui ne semble pas intéresser les rédactions françaises, soulignait déjà qu’Israël avait très -trop ?- rapidement accusé l’Iran et le Hezbollah d’être à l’origine de l’explosion qui a tué cinq israéliens. L’Iran a vivement démenti toute implication, mais les diplomates israéliens continuent leur lobbying politico-médiatique visant à faire reconnaître le Hezbollah comme une organisation terroriste par l’Union Européenne d’une part, et de poursuivre la diabolisation de l’Iran d’autre part. Tout ceci, sans apporter la moindre preuve de l’implication de la République Islamique, ou de l’organisation libanaise…

Ainsi, le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré dimanche 22 juillet détenir des informations fiables reliant le Hezbollah à l’attentat de Bourgas. S’exprimant dans des interviews données à Fox News Sunday et CBS Face the Nation, il a qualifié ces informations de « solides comme un roc« . « Nous savons avec certitude absolue, sans l’ombre d’un doute, que ceci est une opération du Hezbollah » a-t-il déclaré. Interrogé par l’interviewer Chris Wallace sur la nature de cette information, le Premier Ministre israélien a répondu que celle-ci avait été partagée avec des « agences amies« . Il a aussi exprimé le désir d’Israël de voir le Hezbollah placé sur la liste noire de l’UE.

Le fait de classifier le Hezbollah comme organisation terroriste viserait à interdire tout transfert de fond de la part de personnes ou d’entités résidants au sein de l’Union européenne, ce qui gênerait l’organisation dans la mesure où les banques européennes sont des intermédiaires importants de ces transferts, selon le CAPE de Jérusalem.

Vladimir Shopov, politologue à la Nouvelle Université Bulgare de Sofia, et cité par le New York Times, a déclaré à ce sujet qu’il « faudrait avoir la certitude absolue ou presque que le Hezbollah [soit] bien le responsable. Il faudrait que les enquêteurs soient réellement certains, avec des preuves convaincantes, pour pouvoir présenter les résultats devant l’Union Européenne. » Ce que l’Union Européenne a refusé de faire.

Car ces preuves, personne ne semble en avoir eu connaissance. Effectivement, lors d’une conférence de presse commune avec le conseiller en contre-terrorisme de la Maison Blanche John Brennan à Sofia ayant eu lieu le 25 juillet, le Premier Ministre bulgare Boyko Borisov a admis qu’il n’avait eu aucune information concernant le terroriste ou ceux qui l’ont envoyé, a noté le Baltimore Sun sous la plume de Ray Mc Govern, ancien analyste de la CIA.

Ruprecht Polenz, député à la tête de la commission des Affaires étrangères du Bundestag, a lui aussi déclaré lors d’une émission de radio allemande qu’il n’y avait aucune preuve démontrant que l’Iran ou le Hezbollah soit derrière l’attaque de Bourgas.

Cela n’a pas empêché le ministre de la Défense Ehud Barak de marteler sur CNN le 30 juillet 2012 : « Nous sommes sûrs, sans aucun doute, de la responsabilité du Hezbollah dans l’exécution de cette opération. L’opération, sa planification, et l’exécution. Et nous savons que le Hezbollah agit sous inspiration iranienne. […] Nous avons des preuves solides. Nous les avons partagé avec vos services de renseignement, nous les avons débriefés avec quelques autres. Je n’ai donc aucun doute et c’est bien sûr pour des raisons évidentes que nous ne pouvons partager cette information.« 

L’Iran s’est vivement défendu des accusations portées à son égard, notamment au travers de son ambassadeur à l’ONU Mohammad Khazaee, renvoyant la responsabilité de l’attentat à Israël : « Une telle opération terroriste n’a pu être menée que par le même régime dont la courte histoire est pleine d’opérations de terrorisme d’Etat et d’assassinat visant à impliquer les autres pour de maigres gains politiques« . Il a ajouté que l’Iran ne s’engagerait jamais dans « une si méprisable attaque contre des civils innocents« .

En réponse à cela, l’ambassadeur israélien Haim Waxman a qualifié l’accusation « de déplorable mais non surprenante venant d’un gouvernement qui dit que le 11 septembre 2001 était une théorie du complot et qui nie l’Holocauste. » Cette rhétorique n’est pas sans rappeler celle que Manuel Valls avait employé dans une interview en 2011 donnée au collectif We Are Change…

Ce manque de preuve n’a pas empêché Barack Obama, vendredi 27 juillet, de signer la loi « United States-Israel Enhanced Security Cooperation Act of 2012«  qui vise à accorder des fonds supplémentaires (70 millions de dollars, soit 57 millions d’euros) destinés à la production israélienne du système intercepteur de roquettes Iron Dome. Durant la séance, le Président américain a cité l’attentat du 18 juillet comme une preuve des challenges sécuritaires mondiaux. « Laissez-moi conclure en disant que l’événement tragique que nous avons vu en Bulgarie souligne à quel point il continue d’être un défi, non seulement pour Israël mais pour le monde entier, de prévenir les attaques terroristes et de s’assurer que le peuple d’Israël ne soit pas visé. J’espère qu’en signant ce projet de loi, une fois de plus le monde comprenne combien nous sommes tous, Républicains et Démocrates, en tant qu’américains, engagés auprès de nos amis afin de s’assurer qu’Israël soit sauf et en sécurité » a-t-il déclaré.

Cette signature, effectuée en compagnie des membres juifs du Congrès Howard Berman et Barbara Boxer à l’initiative de cette loi, a eu lieu la veille de la visite du concurrent d’Obama, Mitt Romney, en Israël.

Conclusion

Visiblement incapable de défaire le Hezbollah militairement (voir l’opération « Raisins de la colère » de 1996, ou le conflit de 2006 où le mouvement chiite libanais a rendu coup pour coup à l’Etat Juif), Israël semble décidé à l’affaiblir par la voie diplomatique. Profitant des puissants réseaux d’influence et relais médiatiques à sa disposition, Israël construit un story-telling ayant pour but de rendre responsable le Hezbollah et l’Iran d’une « vague mondiale de terrorisme » visant à nuire aux intérêts israéliens. Cette démarche est d’ailleurs, en pleine période pré-électorale, soutenue par l’actuel occupant de la Maison Blanche et ses prétendants, afin de courtiser l’électorat sioniste américain.

Mais les responsabilités concernant l’attentat de Bourgas n’ont toujours pas été établies, et les responsables de l’attaque courent toujours. Si aucun fait ne semble pour le moment accréditer la thèse de l’attaque sous faux-drapeau évoquée par Mohamad Khazaee, les gesticulations de la diplomatie israélienne, qui ne sont pour le moment que fondées sur des discours, ne font finalement qu’accroître les suspicions.

Dans un prochain article, nous verrons pourquoi le porteur de la bombe ne fût finalement qu’un kamikaze… malgré lui.

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